Le couturier français Jean-Charles de Castelbajac reçoit l’Israélien Ivri Lider, leader des TYP, dans les somptueux bureaux de sa maison de couture, à Paris. Ensemble, ils ont récemment travaillé sur le clip de Be with you tonight. Entretien croisé pour parler musique, inspiration, espoir et fantômes. Ivri Lider

 Extraits :

Comment est née l’idée de travailler ensemble sur le clip de Be With You Tonight ?
Ivri –
On a commencé à travailler sur une vidéo avec le réalisateur. Puis on a commencé à parler de la possibilité de faire quelque chose avec Castelbajac. On a senti que nous pouvions demander. On a pensé que le travail de Castelbajac transcenderait la vidéo vers une nouvelle dimension. Donc on a appelé, et demandé… On a eu la chance qu’il soit intéressé.

Jean-Charles – C’était très bien pour moi. Ça fait trente ans que je travaille avec des musiciens, et que je crée des choses spécifiquement pour eux. Ici, c’était plutôt à TYP de s’approprier mon travail, et de le transposer dans leur univers. C’était donc très excitant.

Vous ne vous cantonnez pas à un seul domaine, que ce soit la musique ou la mode. Est-ce naturel pour vous de dépasser les frontières de vos disciplines ?
Jean-Charles
– Oui, je crois que c’est ce que nous avons en commun.

Ivri – C’est naturel pour TYP. On essaye toujours d’aller au-delà de la musique.
Jean-Charles – La musique est la base de mon inspiration. C’est très important, surtout à l’époque que nous vivons. Quand je vois, sur internet, tous ces groupes de Norvège, de Suède, de Finlande et d’ailleurs, et que je croise TYP dans la même journée, je me dis qu’ils reflètent les caractéristiques d’une société jeune et d’une époque dystopique. Ils m’inspirent beaucoup. Ma dernière découverte a été The Soft Moon. Je les aime beaucoup. J’aime ce qui est étrange en fait, et ils ne sont pas très normaux.
Ivri – Je n’aime pas le ‘’normal’’ non plus ! (rires)

Ivri, vous êtes né dans un kibboutz. Jean-Charles, vous descendez d’une famille noble. Ce n’était pas gagné d’avance entre vous…
Ivri –
(rires) C’est vrai, je suis né dans un kibboutz…

Jean-Charles – Vous savez, j’ai aussi vécu dans une sorte de kibboutz en fait : j’ai été dans un pensionnat militaire de 5 à 17 ans ! Et beaucoup de mes amis ont connu les kibboutz pendant la Guerre des Six Jours, donc vous voyez… Nous avons en commun la lutte.
Ivri – Moi, ça fait très longtemps que j’ai quitté le kibboutz ! Mais de mon point de vue, le kibboutz peut fonctionner dans le sens inverse, et vous rendre encore plus individuel. Vous voyez, par opposition à tous ces enfants dans la même chambre, tous les vêtements qui sont les mêmes…

Vous connaissez la popularité, et vous semblez très influencés par le pop-art et la pop-culture. Avec le succès, comment gardez-vous contact avec cette réalité ?
Jean-Charles –
Pour ma part, ma pop devient sombre, ces temps-ci. La pop est un camouflage. Ce qu’il y a derrière la pop est généralement bien plus sombre que ça n’en a l’air.

Ivri – Je ne crois pas que le succès vous change. Le succès vous libère. Il libère l’esprit et l’âme. Si vous êtes un connard, vous serez un plus gros connard. Si vous êtes une bonne personne, vous deviendrez une personne encore meilleure. Le succès met une loupe sur ce que vous êtes vraiment. On essaye d’être des gens biens. Mais ce n’est pas si compliqué, vous faites ce que vous faites, puis les gens aiment ou pas… Parfois, vous réalisez que vous les touchez, et là c’est un cadeau pour nous. Je considère que c’est un honneur de pouvoir toucher les gens et les influencer. Quand je rencontre quelqu’un qui me dit ça, je me sens chanceux et fier.
Jean-Charles – C’est une question de symbole. Ivri a l’âge d’un de mes fils. Récemment, j’étais sur scène avec Mr Nô à Lille. Ce qui me passionne, c’est le contact avec la nouvelle génération, avec les gens qui viennent vous voir et semblent vous demander d’être un symbole. Un symbole d’espoir, d’énergie, de dynamisme. C’est très excitant d’être un passeur, de transmettre quelque chose. C’est comme une sorte de lumière. Ce qui me touche avec la jeune génération, c’est qu’ils ont souvent très peu de moyens pour commencer. Toute cette génération est très créative parce qu’elle a le sens du bricolage. Il y a beaucoup de collectifs, beaucoup d’échange. C’est fantastique. Cette idée du collectif, des relations trans-générationnelles, de la transversalité, ça éclaire le XXIème siècle.
Ivri – Oui, on a ce besoin de s’exprimer, de simplement faire quelque chose.

Ivri, la situation politique est délicate en Israël. Jean-Charles, vous vivez en partie à la campagne. Comment assumez-vous le côté très festif de votre travail ?
Ivri –
C’est vrai, Israël est un lieu délicat. Mais pour être honnête, je crois que la tension en Israël est très bonne pour les artistes. Les gens travaillent sans arrêt, ils ont beaucoup d’énergie et l’envie de créer. Il y a beaucoup de vie. Une fois, j’étais en voiture avec mon petit ami, qui est Allemand, et il y a eu une alarme. Donc a dû s’arrêter au milieu de la route. On ne savait pas quoi faire. Donc on est sorti de la voiture, on a marché dans la rue, et on ne savait toujours pas quoi faire. Et là, une femme nous a ouvert sa porte, et nous avons attendu chez elle que ça passe. C’est très étrange parce que c’est là où nous vivons tout le temps, mais d’un coup il y a une alerte. Vous ne pensez pas forcément à ça, mais quelque part quelqu’un vous dit ‘’Ok, maintenant cachez-vous, parce qu’il y a des chances que vous mourriez !’’

Jean-Charles – Nous vivons dans un monde sous alarme. Notre vocation, je crois que c’est de proposer une forme d’espoir. On croit toujours en quelque chose. On n’est pas seulement là pour faire de l’argent, on regarde vers l’avenir. ‘’Everybody’s looking for something’’, comme dans la chanson d’Eurythmics.

Jean-Charles, quelle est votre relation avec Israël ?
Jean-Charles – Je suis né la même année qu’Israël, en 1949. Nous avons le même âge. Je crois que l’on vieilli plutôt bien tous les deux. Et mon fils ainé s’est marié en Israël.
Ivri – (rires) Israël t’aime !
Jean-Charles – (rires) Mais parfois, Israël n’écoute pas assez sa jeunesse. Moi je suis toujours en contact avec elle. La seule chose vraiment excitante, c’est cette formidable énergie de la curiosité que j’ai en moi. Ce que j’aime en Israël, c’est son électricité. Là-bas, tout est électrique. Une fois, j’étais en train de dessiner un ange à Jérusalem, et un rabbin est venu me voir et m’a demandé : ‘’Eh, mais qu’est-ce que vous faites ?!’’ Il y a beaucoup de fantômes, en Israël. Et je suis un chasseur de fantômes.

Et vous Ivri, avec la France ?
Ivri - La France, pour TYP, c’est tout nouveau. Tout est nouveau pour nous. Mais on a comme l’impression que tout ça est également temporaire.

Avez-vous d’autres projets ensemble ?
Jean-Charles – Vous savez, c’est comme dans un jeu vidéo. Vous devez conquérir de nouveaux territoires. Une fois que vous savez que vous avez ce territoire, vous y attachez telle ou telle expérience, avec tel ou tel artiste. Maintenant, je connais Ivri. On s’est rencontré naturellement, sans maisons de disque, sans complications. Ce n’était pas un projet managérial. C’était naturel. C’est comme avec l’amour. On sait désormais qu’on est là l’un pour l’autre. Nous pouvons faire plein de projets ensembles.

Et quant à vos projets personnels ?
Ivri – Nous sommes en train d’écrire un nouvel album. Donc nous cherchons de nouvelles idées, nous essayons de nouvelles choses.

Vous pouvez lire l'interview dans son intégralité sur le site des Inrocks

Cet interview a été suivie d'une autre pour le compte de Pose Mag. Ivri dit sensiblement la même chose et confie  au sujet de son prochain album :  

Ivri Lider

(Photo d'Ivri Lider extraite du site de Pose Mag)

 "On travaille avec Johnny sur notre second album. On cherche l’inspiration et ce que nous voulons faire exactement. On essaye de trouver de nouvelles directions pour la musique car je pense qu’il sera assez différent du premier. Pour l’instant on est dans une phase de recherche et il reste beaucoup de travail. On cherche également d’autres projets car vous savez chez les TYP on ne se voit pas comme un groupe qui fait des albums. On aime créer des choses totalement différentes. On a fait l’ouverture du Musée d’Art Moderne de Tel Aviv, maintenant on travaille avec un artiste de New-York. On cherche beaucoup de collaborations avec des artistes qui ne sont pas des musiciens. Ils sont influencés par la musique, ils l’aiment, mais ils ne sont pas musiciens. On trouve cela intéressant".

Vous pouvez lire l'interview dans son intégralité sur le site de Pose Mag.